Jean Besson n'est pas Jean Besson. Jean Besson, soldat au 158è Régiment d'Infanterie, né le 29 septembre 1894 au Crozet dans la Loire et mort des suites de ses blessures le 24 (Fiche mémoire des hommes) ou le 20 (Site sépultures de guerre) octobre 1915 à l'hôpital hospice de Saint Valéry sur Somme n'est pas le Jean Besson blessé le 18 octobre. D'ailleurs, le Jean Besson du 18 octobre était caporal. Ce seul fait, troublant en lui-même, aurait dû demander vérification : blessé le 18 octobre, décédé à l'hôpital hospice de Saint Valéry sur Somme à peine 6 jours plus tard, à 100 km de là, et surtout bien loin dans la chaîne des évacuations. C'était arrivé, au moins pour des officiers, tels Pierre Blanchet, sous-lieutenant au 7è RI, blessé le 11 mai 1915, décédé à Paris, hôpital auxiliaire n°7, le 16 mai 1915 ou Albert Boucheron, sous-lieutenant au 269è RI, blessé le 13 octobre 1914 et décédé à l'hôpital temporaire n°18 de Pontivy le 27 octobre. Possible. Mais peu probable.

St Val hospice (1)

     Mais voilà, il y eut cette curieuse erreur de lecture ... Mais voilà, il y eut cette coïncidence, aussi, d'un ami résidant non loin du Crozet, par l'intermédiaire duquel j'obtins la notice nécrologique de Jean Besson parue dans le bulletin paroissial de la Pacaudière, laquelle me mit face à la méprise. Mais voilà, Jean Besson mit une telle obstination à embarquer clandestinement dans ces pages que la moindre des choses est maintenant de porter la mémoire de cet homme dont l'acte de décès n'a pas même été transcrit sur le registre d'état-civil de sa commune.

    Aux frontières des monts de la Madeleine et de la plaine de Roanne, le Crozet compte environ 650 habitants en 1894, à la naissance de Jean Besson. Ses parents sont cultivateurs au domaine de "chez Cornu". Son père, Antoine, est âgé de 32 ans, sa mère, née Jeanne Laffoy, de 23 ans. Ils se sont mariés au Crozet un an plus tôt et c'est deux ans plus tard que viendra au monde sa soeur, Marguerite.

  A l'âge de treize ans, Jean est placé comme domestique, au Gros Buisson puis à Valière, chez Picard où il restera jusqu'au moment de partir faire son service militaire. De la classe 1914, il passe devant le conseil de révision au mois de mars 1914 et, lorsque sa classe est appelée, en septembre, il rejoint le 158è RI au fort Lamothe à Lyon. S'ensuivent trois mois d'instruction, entre Lyon et le camp de la Valbonne, dans l'Ain. En décembre, Jean part pour le front où le régiment est engagé dans la bataille des Flandres, un peu au nord d'Ypres. En janvier 1915, le 158è RI quitte la Belgique pour l'Artois où il a déjà combattu en septembre-octobre 1914. Les conditions sanitaires sont mauvaises et, frappé par la typhoïde qui tue de nombreux soldats, Jean Besson est évacué sur Paris avant de profiter au mois de mars d'une brève convalescence au Crozet, parmi les siens.

 BESSON Jean page 1 sur 3

     Après un mois passé au dépôt du régiment, c'est le retour en Artois : Souchez, Ablain-Saint-Nazaire, Notre Dame de Lorette, où les combats font rage. Le 25 septembre, dans la boue et sous la pluie, se déclenche une terrible offensive lors de laquelle il est gravement blessé : le lendemain, le 26, une balle explosive lui brise la hanche. En voici son propre récit :

" C'est le 25 au matin que s'est déclenchée l'attaque. On était au bois en hache. Nous avancions d'abord à vue d'oeil, nous étions heureux, contents; nous nous disions : nous les tenons. Malheureusement, le 26, par une contre-attaque de l'ennemi, nous avons tout reperdu*. C'est ce jour que j'ai été blessé, à 6 heures du matin. Avant d'être touché, je voyais beaucoup de mes pauvres camarades  tomber pour ne plus se relever, les uns la tête en sang, les autres les membres. Je me disais : jamais tu ne t'en tires. Et, en effet, tout à coup, je me sens frappé. Je me suis fait moi-même mon premier pansement, et, comme c'était un sauve-qui-peut, étant complètement encerclé par l'ennemi, j'ai pris ma jambe dans mes mains, ne pouvant plus, hélas, m'appuyer dessus du tout, et ainsi j'ai essayé de regagner nos lignes, en sautant et en me cachant de trou d'obus en trou d'obus, car ma plus grande frayeur était d'être fait prisonnier ; tout plutôt que cela. Je voyais mes camarades là-haut dans nos lignes, leur casque de fer dépassant un peu la tranchée et je leur criais : "Adieu, les amis, je ne vous reverrai plus"; car, franchement, je ne pensais pas m'en tirer. Et eux me disaient :"Mais non, courage, viens!" Et en effet, avec la protection du bon Dieu et un peu de courage, j'ai pu regagner nos lignes quand même".

   Après avoir, dans le froid et le brouillard, usé ses dernières forces pour rejoindre les lignes françaises et être pris en charge, Jean suit le parcours classique, du poste de secours à l'ambulance où il passe huit jours après qu'on lui ait extrait sa balle, avant d'être évacué sur l'hôpital de Saint Valéry sur Somme. C'est là que sa soeur Marguerite lui rend visite, une huitaine de jours après son admission. Elle reste auprès de lui tandis qu'il s'affaiblit de jour en jour et souffre énormément. Le dernier jour, il sombre dans un délire dont il émerge à peine vers le soir, avant de rendre l'âme.

 Il repose désormais au carré militaire du cimetière de Saint Valéry sur Somme.

 

Sources : L'écho de Tourzy, bulletin paroissial mensuel, août 1918 ou 1919, archives départementales de la Loire, site Mémoire des Hommes, JMO des régiments concernés (voir liens ci-contre)

Merci à Christophe Dargère et Sylvie Girbas, les régionaux de l'étape, merci particulier à Sylvie qui m'a fourni le bulletn paroissial (Les paroisses de La Pacaudière et du Crozet constituaient à l'origine la vieille paroisse de Tourzy), à Thierry Cornet pour les informations complémentaires sur les officiers blessés, à Francine Laude pour sa vue de l'hôpital.

*Ce n'est pas tout à fait exact.

Note :  le témoignage de Jean Besson n'est pas un témoignage direct, il est paru en août 1918 ou 1919 dans le journal paroissial et a vraisemblablement été remanié.