Trois frères dans la Grande Guerre

08 avril 2010

Portrait

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09 avril 2010

Histoire de famille

Il y avait Prospert Rémy (dit Rémy) Didier, né à la Garde Adhémar en janvier 1849, 4ème d'une famille de 11 enfants dont  dix avaient vécu.

Il y avait Rose Renouard, Rose pour l'état-civil, Rosine pour ses proches, son épouse, de quelque 10 ans sa cadette, 5ème d'une fratrie de 6 enfants, originaire de Saint Alexandre, dans le Gard.

Pierrelatte_vue_generale

Il y eut Irène, probablement décédée très jeune, Irène dont nous ne connaissons que la date de naissance, le  5 février 1882, et le nom de ses parrain et marraine.

Il y eut le fils aîné, Rémy, mon bel aieul, né le 6 février 1883. Rémy épousa en 1910 Joséphine Alizier, native de La Garde Adhémar. Rémy périt le 18 octobre 1915, dans les tranchées de l'Artois violemment bombardées. Il laissait un orphelin qui n'avait pas trois ans.

R_my2

Il y eut la coquette Félicie qui se plaignait d'être si "mal arrangée" sur cette photo. A 20 ans, Félicie, née le 22 décembre 1884,  épousa à Pierrelatte Jules Fournier, de Saint Alexandre puis Félicie disparut... Oui, oui, disparut. La chronique familiale n'est pas plus loquace.

F_licie

Il y eut Henri, au regard malicieux, né le 18 mars 1888 qui perdit la vie le 6 juin 1918 à Pourcy dans la Marne. Henri, dont l'épouse Victoria se remaria, plus ou moins consentante avec Paul, le petit frère.

HenriD

Car, enfin, il y eut Paul, qui vint au monde le 8 novembre 1894, le seul qui réchappa de la boucherie. Paul, le chasseur alpin, blessé, malade, mais survivant. Paul qui épousa Victoria et éleva sa fille Henriette.

Paul2

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03 mai 2010

Remerciements

Merci en premier lieu aux nombreux intervenants de l'excellent Forum Pages 14-18 pour la qualité de leurs interventions, leur aide pratique : photos, visites aux AD, leurs patientes explications. Ils seront cités au fur et à mesure des posts.Merci aux services Archives et Cimetière de la mairie de Pierrelatte, particulièrement à Stéphanie Torrès pour sa gentillesse et son efficacité, à Olivier Mondon pour les mêmes raisons.
Merci particulier à l'ami Patrick Corbon qui m'épaule sans faillir depuis plusieurs mois, me fait profiter de sa bibliographie, de ses connaissances, travaille d'arrache-pied sur mes dossiers quand la nécessité s'en fait sentir, et sans l'amitié duquel mes recherches ne seraient que ce qu'elles sont.
Merci à Arnaud Carobbi, Patrick Billaud et Christian Terrasson pour leur soutien chaleureux et l'interêt bienveillant qu'ils portent à mes Didier, pour la richesse et la chaleur de nos échanges.Merci à Alain Chaupin qui, non seulement, retourne chaque centimètre carré de la terre d'Artois à la recherche de mes corps perdus mais a su m'accompagner sur le terrain avec une délicatesse qui n'appartient qu'à lui.
Merci à Josiane Didier-Cheynet, plus Didier que Cheynet, dit-elle, de m'avoir fait partager avec enthousiasme ce qu'elle conservait des archives familiales.
Merci à toi, enfin, sans qui ma vie n'aurait pas de goût et pas tellement de sens.

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09 mai 2010

Paul : De l'Hartmannswillerkopf au plateau d'Asiago

Lorsque la guerre éclate, Paul n'a pas vingt ans. Il réside à Lyon où il est maréchal-ferrand.
Mobilisé au 12ème BCA, 7ème compagnie, le 7 septembre 1914, il rejoint le front le 10 novembre 1914. Le bataillon est alors dans les hautes Vosges, il tient le front au niveau du Barrenkopf.

 

14 décembre 1914, Rémy écrit à son épouse Joséphine : "Bien reçu le colis [...]. tu me dis que tu vas m'en supprimer un peu pour en envoyer à Paul. Tu as bien raison. C'est une bonne action que tu feras. Le pauvre est comme nous tous, il n'a pas un sort bien brillant..."

 

L'hiver se passe presque sans incident, mais fin février, l'ennemi lance une attaque avec pour but de s'emparer de Sulzern. Le 7 mars, Paul est blessé à son poste de combat, ce qui lui vaudra citation à l'ordre du bataillon et croix de guerre.

citation_Paul

Blessure par balle, plaie en seton à la cuisse gauche. Evacué sur l'hôpital auxiliaire n°103 à Chambéry, il y séjourne du 13 mars au 28 avril avant une très, très courte convalescence à l'Hopital de Dépôt des Convalescents* d'Aix les Bains. Une semaine de permission, puis, le 8 mai, Paul rejoint le dépôt. Le 8 août 1915, le voilà de nouveau au front, affecté à la 10ème compagnie du 52ème BCA, bataillon de réserve du 12ème BCA. Cet été-là, il se fait photographier avec Rémy Cartier Millon, qui trouvera la mort au sinistre Hartmannwillerkopf, le 10 janvier 1916. Les Vosges, toujours : le Linge, l'enlèvement des sommets d'Alsace.   

1915, année terrible : le 5 janvier, Rémy, malade, est évacué. Il rejoint le front début mai et est tué le 18 octobre en Artois lors du bombardement de sa tranchée, à la lisière du bois en Hache.

  Ete et automne 1916, c'est la Somme, dévastée par la boue et les obus. Le 15 juin, il passe à la 8ème compagnie.

    Le 8 novembre 1917, le bataillon part pour l'Italie, le plateau d'Asiago cher à l'immense écrivain italien Mario Rigoni Stern, dont plusieurs oeuvres dont "Requiem pour un alpiniste" évoquent avec pudeur et intensité ses montagnes ravagées par la guerre et son propre cheminement, des années plus tard sur les lieux de combats. Le 4 avril, Paul, malade est dirigé  sur l'ambulance 13/2 à Vicenze pour une "parotidite suspecte", probables oreillons. Il y reste jusqu'au 17 avril, date à laquelle il est rapatrié sur l'intérieur. Après une permission de 20 jours, le voilà de retour au front le 17 mai. 23 juin, nouvelle évacuation sur l'ambulance 9/1, hernie inguinale droite. Le 24, il est évacué sur l'hôpital temporaire 7/8 de Clermont-Ferrand. Hospitalisé jusqu'au 18 août, il bénéficie alors d'une convalescence de 30 jours.

 

6 juin 1918, nouveau drame : sur la montagne de Reims, Henri , 2ème canonnier conducteur au 266ème RAC, est victime de l'explosion prématurée d'un obus de 155.

 

Rentré au dépôt le 16 septembre 1918, une semaine plus tard, le voici pour une nouvelle semaine à l'infirmerie du dépôt. Lorsqu'enfin le clairon de l'armistice sonne, le 11 novembre 1918, Paul n'a pas regagné le front. Il fait son retour aux armées le 4 avril 1919, au 12ème BCA avant d'être démobilisé le 24 aout 1919.

 

Paul rentre alors à Pierrelatte où il reprend la ferme familiale. Des 3 fils de Rose et Rémy, le petit dernier est le seul à rentrer vivant. A l'automne 1921, il épouse Victoria, la veuve de son frère Henri. Ils n'auront pas d'enfants mais Paul, homme doux et bon, élevera sa nièce  Henriette et prendra soin de son neveu Amédée, Amédée laissé en friche par une maman brisée par la disparition brutale d'un époux qu'elle aimait profondément. Victoria mourra en 1958, à peine âgée de 68 ans, usée par une vie rude, des hivers à casser la glace au lavoir pour faire la lessive des dames aisées, ... Paul la suivra 15 ans plus tard, à l'âge de 79 ans.

 

 

Merci au chtimiste dont les historiques succincts m'ont permis de retracer les grandes lignes de ce parcours, ainsi qu'à Gilles Roland qui a numérisé l'historique du 12ème BCA.

 

*Les HDC (Hopital de dépôt de convalescents) furent créés par la circulaire du 15/10/14 afin de stopper les abus dans les congés de convalescence et libérer les hôpitaux surchargés des blessés qui sont à peu près rétablis. Après un court séjour (15 jours environ), les militaires guéris seront renvoyés au front. Ces formations sont dirigées par un commandant militaire et sous le contrôle direct du Service de Santé militaire. Par la circulaire N°199 C.I./7. en date du 20/8/16, les hôpitaux-dépôts de convalescents sont supprimés, les locaux où ils étaient installés recevront une destination hospitalière (transformation en Hopitaux Complementaires).

 

Source : Guy "gg101hop", Forum Pages 14-18. Merci également à Jean Riotte pour le décryptage de sigle et à Michel Pinault pour l'identification de l'ambulance..

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Henri : au front dans un Régiment d'Artillerie de Campagne

         Le 22 juillet 1921, à 13h46, arrive en gare de Pierrelatte un bien lugubre convoi : deux cercueils contenant l'un les restes mortels d'Emile Dubout, soldat au 4ème Régiment du Génie, tombé le 1er janvier 1915 au bois de Marbotte, dans la Meuse, l'autre ceux d'Henri Didier, 2ème canonnier conducteur * au 266è RAC, tué à Pourcy, dans la Marne le 6 juin 1918 ,rentrent au pays. Ils étaient arrivés la veille à Valence,avec le 7ème convoi de corps.

DSCF1131

   L'accueil est solennel, en grandes pompes, et ce retour marquera à jamais une petite fille de 8 ans, qui l'évoquera toute sa vie. Cette fillette, c'est Henriette, la fille de Henri.

   Les circonstances du décès d'Henri restent nébuleuses. Il fut victime, comme l'attestent le JMO du 2ème groupe et celui de la 44ème batterie, de l'explosion prématurée d'un obus de 155. En ce mois de juin 1918, la montagne de Reims est un véritable "nid à canons" surchauffé : les Allemands ont enfoncé le front et les artilleurs ne ménagent pas leur peine. Erreur humaine ? Problème technique ? Un obus de 155 tiré par le 2ème groupe du 107 RAL éclate prématurément, tuant deux conducteurs du 266ème RAC, Henri DIDIER et Marcellin Maurice REY natif de Sonnay, dans l'Isère, et en blesse grièvement un troisième, lui aussi originaire du nord Isère.

Canon_de_75

   La 44ème batterie du 266ème RAC, à l'origine 4ème batterie du 6ème RAC , 2ème groupe, a quitté Valence le  7 août avec les 8 autres batteries de 75 qui y sont casernées. Les 10ème et 12ème batteries sont, quant à elles, casernées à Grenoble. Le 6ème RAC, artillerie du 14ème Corps d'armée, combat dans les Vosges : Badonvilliers, le Donon, la Chipotte.  Le 7 août 1915, le groupe passe à la 154 DI en compagnie du 4ème groupe et constitue ainsi pour partie l'AD 154. En 1915, ce furent les offensives d'Artois : Neuville St Vaast, Souchez, Vimy.

Mars 1915  Paul, blessé à la cuisse devant Sulzern est évacué.

18 octobre : Rémy tombe, à quelques kilomètres, peut-être moins, de l'endroit où est postée la batterie de son frère. On peut imaginer sans peine que ce dernier se soit rendu sur sa sépulture provisoire.

  Janvier à Mars  1916 : Henri, à l'AD 154 est toujours en Artois. En juin, c'est la bataille de Verdun. Cette année-là,  il prit le temps, très vraisemblablement en permission de se faire photographier à Dijon. Vint ensuite, en 1917, l'Aisne. En avril-mai, le régiment qui a pris le  1er avril le nom de 266ème RAC épaule l'infanterie au  trop fameux Chemin des Dames.

Au printemps  1918, lors de la bataille de l'Empereur, le régiment est dans les Flandres avant de gagner la montagne de Reims** où Henri perdit la vie, laissant une veuve et une orpheline de 5 ans. Il y gagnera citation, croix de guerre et médaille militaire à titre posthume.

Printemps 1918 : Paul, en Italie, est évacué pour maladie, puis fin juin pour une hernie inguinale qui le tiendra éloigné des combats jusqu'à l'armistice.


MDH___citations

* Les artilleurs étaient formés pour être à la fois servants et conducteurs, de façon à pouvoir se remplacer les uns les autres et permettre à la pièce de fonctionner même en cas de coup dur (artilleurs tués,... ). Les servants préparent, distribuent les munitions, tirent, ... Bref, ils servent la pièce. Les conducteurs conduisent l'attelage, mettent en place la pièce d'artillerie, le caisson et s'occupent des chevaux. Henri, robuste paysan, sachant manier les chevaux était donc tout désigné pour être conducteur.
          

** Dans la précipitation et l'urgence du moment, les groupes du 266ème RAC sont mis à disposition des unités au contact, unités n'appartenant pas forcément à sa DI ou à son CA, comme les Anglais, ou le 1er corps de cavalerie

DI : Division d'infanterie

AC : artillerie de corps d'armée, AC14 : artillerie du 14ème Corps d'Armée

AD : artillerie Divisionnaire

RAC : Régiment d'Artillerie de campagne

RAL : Régiment d'Artillerie Lourde

JMO : Journal des Marches et Opérations, sorte de journal de bord d'une unité

Merci à Florian "Turpinite" pour son petit cours sur la polyvalence des canonniers, à Jean-Luc Dron d'avoir mis en ligne sur son site les historiques des 6ème et 266ème RAC, et aux personnes qui se sont chargées de la saisie des dits historiques.

Sur les canons : canons de la Grande Guerre

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30 mai 2010

Rémy : De la vallée du Rhône aux combats de Lorette

        A 20 ans, Rémy est cultivateur à Pierrelatte, quartier des Blaches. De novembre 1904 à juillet 1907, c'est au 3ème Régiment de zouaves qu'il accomplit son service militaire, non en Algérie, province de Constantine à laquelle est affecté le 3ème zouave, mais plus probablement au camp de Sathonnay, près de Lyon où il a de la famille.  Chaque régiment de zouaves possède en effet un 5ème bataillon stationné en métropole. On imagine la fierté de ses proches : Rémy, le fils aîné, versé dans cette unité d'élite et portant son bel uniforme.

Il effectue ensuite en  1910 et 1913 ses périodes d'exercice au 52ème RI, ce qui lui vaut d'être mobilisé à la 21ème compagnie  du 252ème RI, régiment de réserve du premier, lorsqu'éclate la Grande Guerre. Alors cantonnier, ainsi que l'atteste son livret de famille, père d'un petit garçon de 18 mois, c'est un homme déjà mûr qui rejoint son affectation. Les 7 et 8 août 1914, le régiment  quitte Montélimar pour Gap ; la 64 DI de réserve a pour mission la défense des Alpes. Le journal de marche du 252ème RI égrène, monotone, les activités du régiment, la principale consistant  pour les deux bataillons à échanger de cantonnement.

La période de calme est de courte durée, le 20 août, le 252 RI part pour la Lorraine.  Les hommes marchent énormément, creusent tranchée sur tranchée, ... Ils prennent part à la défense de Nancy : batailles du Grand Couronné, et des Hauts de Woëvre. Rémy écrit le 9 septembre :

J'ai vu tous les camarades ce matin (...) que nous sommes d'ailleurs toujours ensemble, tous bien portants.

Un mois plus tard, le 4 octobre, Léon Allier, des Blaches, tombait à Seicheprey.

DSCF1130

Le 7 octobre, à Rosière en Santerre, c'est au tour d'André Daudel,  beau-frère de Henri.

L'hiver s'écoule, monotone, dans des conditions sanitaires déplorables, comme en témoignent ces quelques mots datés du 17 décembre :

... toujours à se rouler dans la boue et le fumier quand on couche quelquefois dedans ...

conditions déplorables confirmées par le JMO du service de santé. Le résultat ne se fait pas attendre, la fièvre typhoïde frappe à tour de bras. A l'hôpital de Charmes, la majorité des soldats ne décède pas de blessure,  mais de cette maladie. Le 5 janvier, Rémy est évacué à son tour pour "courbatures fébriles, embarras gastrique,  bronchite", mais le contexte décrit ci-dessus ne laisse guère de doute : c'est bien là un cas de typhoïde.  3 semaines à l'hôpital complémentaire de Charmes, puis commence une longue convalescence en zone de l'intérieur, à l'hôpital bénévole de  la Teppe, à Tain dans la Drôme, structure tenue par des Ursulines. Rémy s'ennuie, l'hiver est maussade

"tu me dis qu'il  fait que  pleuvoir là-bas, ici c'est pareil, pluie ou neige, écrit-il à son épouse Joséphine,  toute la semaine ne fait que ça. Je ne vois guère autrechose à te dire pour le moment

mais ne perd pas le Nord :

Ecris l'adresse comme je te la donne, on m'a taxé ma dernière (0,20) [...] et je ne veux pas donner 4 sous à chaque lettre

ajoute-t-il en homme qu'une existence modeste a habitué à l'économie.

Mars 1915  Paul, blessé à la cuisse devant Sulzern est évacué.

Rémy est ensuite dirigé le 12 avril, pour 3 jours, sur l'hôpital de Valence, puis après une semaine de permission parmi les siens, rentre au dépôt. Parti le 30 mai en renfort au 158 RI,  le régiment de Lorette, durement éprouvé par les combats d'Artois, il est immédiatement mis en subsistance au 149 RI. Le JMO manque, les témoignages aussi et il est bien difficile de savoir  ce qu'il fait exactement pendant ce temps-là. Le  20  août, il est versé à la 5ème compagnie du 158 RI qu'il ne quittera plus. Il réchappe à la sanglante offensive du  25 septembre, mais le 18 octobre au matin, sa tranchée est bombardée, vraisemblable préparation d'un assaut allemand qui n'aura au final pas lieu. Rémy est tué, comme 6 de ses compagnons, 2ème classe à la 5ème compagnie : Léon Morel et Paul Guéry étaient originaires des Vosges, Etienne Charvoz, savoyard de Modane, Urbain Cressent était natif de la Haute-Loire, François Béroud du Rhône et Jean Août de la vallée de la Jordanne, dans le Cantal. Trois autres suivront : le caporal François (dit Paul) Pasteur de Cessey, village du Doubs, décédé le  9 novembre à Barlin,  à l'ambulance 5 du 21 CA,  les soldats de 2ème classe Jean Besson du Crozet, dans la Loire, décédé le 24 octobre à l'hôpital de Saint Valéry sur Somme et Ahmed Ben Ali Rmadi, né à Cheikrat, en Tunisie et décédé à Bruay en Artois le 26 octobre 1915, ambulance 3 du 21 CA.

Rémy est cité à l'ordre du régiment : "Très brave soldat. Tué glorieusement à l'ennemi le 18 octobre 1915 en Artois", il obtiendra ainsi la croix de guerre, puis la médaille militaire à titre posthume.

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L'avis de décès parviendra en mairie de Pierrelatte à la mi-novembre, mais l'absence de courrier, la lettre d'un camarade peut-être, avait déjà plongé la famille dans l'angoisse. Pour la fragile Joséphine, la vie s'arrête ce 18 octobre 1915. Orpheline de mère à 2 ans et demi, de père deux ans plus tard, veuve de guerre à 29 ans, elle ne se remettra jamais de la disparition brutale de son époux.

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Amédée, quant à lui conservera pieusement toute sa vie les quelques souvenirs de son père : courriers, photo, diplôme légués par sa mère.

Merci à MP92 pour avoir commencé à débrouiller avec moi les fils inextricables du Service de Santé , à Jean-Luc Dron pour l'historique du 252 RI, et à tous ceux, déjà cités ou non qui m'ont à un moment ou un autre aiguillée dans cette recherche : explications, pistes de travail... Merci spécial à Alain Chaupin à qui rien de ce qui concerne les sépultures des soldats tombés en Artois n'échappe.

 

 

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10 juin 2010

Hommage posthume

Paul Verlet, soldat au 74 RI, évoque dans ce très beau et dur poème non seulement sa propre éventuelle disparition, mais plus généralement le corps du soldat tombé, le soin que prennent de lui ses camarades, symbole d'humanité dans l'horreur des combats. Des hommes qui, désespérément, essaient de rester des hommes.

Pour celui qui reste, pour celui qui est venu bien longtemps après, c'est un réconfort de savoir qu'on a ainsi pris soin de la dépouille de l'époux, du père, ... La plupart des soldats évoqués dans ces pages ont eû la chance posthume que cet hommage puisse leur être rendu. In memoriam

 

Le testament du fantassin


Si je meurs, mes amis d'espoir et de misère,
Vous m'ensevelirez sans cercueil dans la terre.
Que m'importe le coin ! Face aux fils barbelés,
Dans le trou d'obus neuf, marneux, roussi, pelé,
Sous un peu d'herbe verte, ou dans notre tranchée,
Sous le tronc qui bénit de sa branche arrachée,
Sous le cheval crevé, sous le clocher flambé,
Mais gardez-moi le sol où je serai tombé ;


Vos yeux se mouilleront et vos mains maternelles
Auront des gestes doux pour me remplacer celles
De ma mère dont les amours me manqueront.
Et vous disposerez mes cheveux sur mon front,
Vos mots d'adieu seront la chaleur qui dorlote.
Et vous boutonnerez sur mon sang ma capote,


Vous croiserez mes doigts, que je parte plus beau,
Comme un chrétien paisible, au seuil du grand repos.
Vous me couvrirez bien de terre parfumée,
De celle d'où je viens et que j'ai tant aimée ;
Vous l'épandrez sur moi comme un velours de Mort...
Son âme épousera la forme de mon corps,

Et, fier de mes vingt ans engrenés dans la glaise,
Je pourrirai content dans ma terre française ;
Puis, sur mon tertre nu, vous mettrez une croix.
Vous prierez coude à coude une suprême fois ;
Vous trouverez la plus sublime des prières,
Et mon tombeau sera plus grand qu'un cimetière ;

Vos gros doigts, en tremblant, rangeront mon massif.
Gravé par vos couteaux, d'ornements très naïfs
Enjolivé, mon nom vivra sur une branche,
Roi d'un palais d'éclats d'obus, de pierres blanches.
Sur le sol éventré, s'il sourit une fleur
Ou deux, portez-les moi ! Je préfère qu'un cœur

De mes soldats me garde un peu d'amour qui veille.
Vous écrirez mon âge aussi dans la bouteille...
Quand, vainqueurs, vous aurez retrouvé votre seuil,
Dites, songeant à moi sans retour, sans cercueil,
Ces simples mots qui sont d'immortelle semence :

« C'était un brave gars. Il est mort pour la France! »

Paul Verlet


Paul Verlet, soldat au 74 RI a laissé un recueil de poèmes ou il évoque la Grande Guerre. Merci à Stephan Agosto sur le site duquel j'ai retrouvé le texte complet de ce poème.

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12 juillet 2010

Etienne Charvoz, un paysan savoyard au cimetière militaire d'Aix-Noulette

         Qu'avaient en commun un paysan du Cantal, un domestique du Doubs, un cantonnier de Pierrelatte, un cultivateur vosgien ... avant qu'un destin commun ne les réunisse, ne les mêle peut-être les uns aux autres, ne fasse du charnier de Lorette leur dernière expérience de la vie ? Une expérience similaire du champ de bataille, des assauts, du fracas mortel des obus, de l'hiver dans des tranchées inondées et insalubres, bien courte expérience pour les plus jeunes ? Pour certains, la blessure, la maladie, l'hôpital ?  Une vie rude, où la fatigue des corps le disputait à la modestie des revenus ?
Celle d'Etienne Charvoz, c'était l'existence âpre d'un paysan de montagne. A Modane, en Haute Maurienne, comme partout en Savoie, l'hiver  est long, rigoureux, la ferme peine à nourrir les familles. A la mauvaise saison, les hommes partent sur les routes, ils se font ramoneurs, colporteurs de draps et de bijoux de pacotille.

     Lorsqu' Etienne naît, le 15 septembre 1890, son père Benjamin,  50 ans, est garde champêtre. Sa mère, Domitile, née Mestrallet, ménagère, est agée de 34 ans. La Savoie n'est française que depuis 30 ans : le traité de Turin, le 24 mars 1860 avait réunis à la France le duché de Savoie et le comté de Nice.

    En 1911, il est appelé sous les drapeaux au 30 RI, casernement Annecy. C'est un homme robuste, pas très grand, aux cheveux et aux yeux châtains foncés. Il a le front haut et large, "fuyant" dit sa fiche matriculaire, une grande bouche dans un visage large, un nez qui en impose, au dos concave, abaissé à la base.

      C'est au sein de ce régiment qu'il rejoint le front. Blessé une première fois à la tête par un éclat d'obus le 29 aout 1914 (1326 hommes hors de combat ce jour-là, blessés, tués ou disparus) à Saulcy, région de St Dié, Vosges, il est évacué sur la zone de l'intérieur.

   Début décembre, il regagne la zone armée. Fin décembre, le 30 RI est dans la Somme, grosso modo entre Albert et Péronne. C'est alors qu'une trêve de Noël, attestée par le JMO du régiment, s'établit entre les belligérants. Les hommes sortent des tranchées, échangent journaux et diverses denrées. Etienne Charvoz y a-t-il participé ? C'est vraisemblable, bien que sa fiche ne nous permette pas d'être absolument certains de ce qu'il avait déjà retrouvé le front.

  Au printemps 1915, toujours dans le même secteur de la Somme,  la guerre de mines fait rage. Le 2 avril à 19h, dans les tranchées devant Dompierre, le voilà à nouveau blessé, encore victime d'un éclat d'obus... c'est une plaie en seton à la région rétro-malléolaire* droite. La blessure est plus sérieuse  cette fois, et c'est seulement le premier octobre qu'il remonte au front. Cette fois, il ne rejoint pas son régiment d'origine mais, au nord d'Arras, secteur d'Angres-Aix-Noulette,le 158 RI, sérieusement éprouvé par les batailles d'Artois. Le 5 du même mois, il est affecté à la 5ème compagnie du régiment. Pas pour longtemps.

    Le 18 octobre, le soldat de deuxième classe Etienne Charvoz, deux fois blessé déjà, est anéanti par le  bombardement de 105 fusants qui coûta également la vie à 9 de ses compagnons d'armes.

   Le bataillon est relevé le lendemain, ses compagnons, comme toujours lorsque c'est possible, emportent avec eux les corps des copains tombés afin de leur donner une sépulture décente.

  Le 24 juin 1922, le chef de l'équipe d'exhumation au travail au cimetière du Fossé aux Loups, à Aix Noulette, note sur un formulaire de PV d'exhumation :  "croix au nom d'Etienne Charvoz , 158 RI. Fosse nulle." La sépulture est vide. C'est au cimetière militaire d'Aix-Noulette que le corps, pourvu de sa plaque d'identification ( CHARVOZ Etienne, classe 1910, recrutement de Chambéry n°1794 158 RI) est finalement exhumé le 11 septembre 1923, sous la croix n°817. Placé dans la tombe n°564, il sera transféré une dernière fois, le 20 août 1925 à la tombe n°432B  où il repose toujours.

Etienne_Charvoz

* La région rétro-malléolaire est située un peu au-dessus de la cheville, dans sa partie postérieure.

Sources : JMO du 30 RI, historique du 30 RI co Hérisson frères, Annecy (merci à JL DRON), Etat signalétique et des services d'Etienne Charvoz, fiche conservée aux AD de Savoie.

Merci à Gim11 pour le décryptage du volet médical de la fiche matricule.

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25 juillet 2010

Rencontre avec l'Artois

                

                Parfois, nous croisions sur les routes une démente procession de camions, pleins de fantassins hagards, les uns frénétiques, hurlant comme des injures leur joie de survivants, les autres étendus, jambes pendantes, immobiles comme des morts. C'étaient les troupes qui venaient de s'illustrer à Notre-Dame-de-Lorette, au Labyrinthe, à Souchez, à la Targette, et nous savions, au nombre de camions vides, ce qu'il en avait coûté à ces régiments pour arracher à l'ennemi quelques maisons en ruine ou quelques morceaux de tranchées.


Gabriel Chevallier - La Peur - Ed Le Dilettante


Un infini merci à Bernard plumier ("On s'amuse bien : tous les soirs on enterre les copains.") pour m'avoir fait découvrir ces pages, à ce jour ce que j'ai pu lire de plus cru mais aussi de plus profondément humain sur le sujet.

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17 octobre 2010

Un visage

                   Le voilà enfin, le miracle, celui que l'on traque, que l'on espère sans presque se l'avouer... Un visage, enfin.

Voici Ahmed Rmadi, né à Cheikhat en Tunisie le 29 janvier 1896, décédé à Bruay en Artois le 26 octobre 1915. Ahmed Rmadi, soldat à la 5ème compagnie du 158 RI.

Remadi

C'est aussi l'histoire d'une incroyable  rencontre : en Tunisie, un homme recherche inlassablement la trace de son oncle mort pour la France lors du premier conflit mondial. A mille kilomètre de là, une autre obstinée retrace pas à pas le parcours des siens dans cette terrible guerre. Et voici que leurs chemins se croisent et que chacun trouve ce dont il osait à peine rêver. Merci à Ahmed Remadi pour cette photo de son oncle dont le parcours sera aussi bientôt détaillé dans ces pages.

 

 

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