La géographie de ce massacre-ci disperse du sud de Nancy aux rivages de la Tunisie sa dizaine de petites croix blanches. Parmi ces hommes que les hasards de la guerre ont réunis là, au pied du plateau de Lorette, en ce sinistre mois d'octobre 1915, deux pourtant sont originaires de villages tellement proches à cette échelle-là, que, si dissemblables pourtant et très certainement jusqu'alors inconnus l'un de l'autre, ils nous semblent presque jumeaux : Léon Morel, originaire de Ventron, dans le canton de Saulxures sur Moselotte et Paul Aristide Guéry natif d'Eloyes,  au bord de la Moselle, à une quarantaine de kilomètres plus au nord, dans le canton de Remiremont.

 De tous les parcours détaillés, celui de Paul Guéry est certainement l'un des plus complexes mais aussi, à tous points de vue le plus mystérieux. De son histoire familiale, nous ne possédons que quelques bribes. C'est à Eloyes qu'il vient au monde, le 30 juin 1887, dans une famille installée de fraîche date et qui compte déjà deux enfants vivants : son frère, Jules, a 6 ans, sa soeur, Berthe, est âgée de 2 ans. Son père, Constant, 51 ans est charretier. Sa mère, Célestine Mougel, 38 ans, ménagère. Deux ans après, les Guéry ne figurent plus sur les listes de recensement de la commune. Sont-ils déjà partis pour Epinal ? Ont-ils fait escale entre temps ? Paul est-il en réalité le seul à avoir gagné Epinal ? Lors de son passage devant le conseil de révision, première étape de la conscription, il y est charcutier. C'est un grand homme brun, aux yeux sombres, qui sait lire, écrire, compter.

  Où accomplit-il son service militaire ? Sa fiche matricule quasiment vierge ne donne aucune indication. On peut le supposer dans un des régiments d'infanterie de la 21è région militaire*, à laquelle appartient Epinal, mais pas nécessairement. Un régiment de zouaves, peut-être, à l'instar de son compagnon de route Rémy Didier ?

 Le 17 avril 1911, il épouse à Golbey, tout à côté d'Epinal, la toute jeune Maria Jeanne Marguerite Martin, qui vient de fêter ses 19 ans. A peine trois ans de mariage, et voici que le conflit éclate. De sa guerre à lui, nous ne savons au final pas grand chose. " Venu du 149è régiment d'infanterie" mentionne sa fiche Mémoire des Hommes. L'indication est extrêmement mince et l'on se perd en conjectures. Qu'il y ait commencé la guerre est fort peu probable : soldat de la classe 1907, il est, au déclenchement des hostilités, réserviste et rejoint certainement l'un des régiments de réserve de sa région militaire. La confrontation des documents et des divers parcours laisse à penser qu'après avoir été évacué pour blessure ou maladie, il effectue une période de formation au 9ème bataillon du 149è RI avant d'être finalement versé au 158è RI, à une date indéterminée, mais que, là encore, la comparaison des parcours incite à situer au printemps ou à l'été 1915.

  A 10h25, le 18 octobre 1915, le Commandant Collet signale que la tranchée m7-k22 ainsi que la partie de la tranchée de la 5è compagnie situé en bordure de route sont violemment bombardées ( 105 fusants). Le capitaine Girardot confirme une demi-heure plus tard, ajoutant que les tirs sont d'une grande précision et très rapprochés, un coup toutes les vingt secondes, complète-t-il. C'est bien sur des hommes de chair et de sang que s'abat cet implacable déluge si froidement décrit, et Paul Guéry n'y survit pas. Son corps sera exhumé quelques années plus tard, le 1er décembre 1920, sur le plateau de Lorette. On retrouvera sur lui 1franc et 20 centimes, et son briquet. Inhumé au cimetière des Rietz, qui deviendra la NN de La Targette, il y repose toujours, sous la croix n°3964.

Paul_Gu_ry

 Maria Jeanne Marguerite Martin, veuve à 23 ans épousera à Uxegney, à une dizaine de kilomètres à l'ouest d'Epinal, le 12 avril 1921 Marie Lucien Emile Georges Klein.

Merci à Kilkenny, du forum Pages 14-18, pour m'avoir déniché l'indénichable fiche matricule de Paul Guéry...

Sources : SGA - Mémoire des Hommes - Fiche individuelles et JMO 158è RI- AD 88 : Etat-civil et recensement en ligne, Registres matricules - AD62 : PV d'exhumation

*Unités appartenant à la 21è Région militaire

Départements — une partie de la Haute-Saône, Haute-Marne, Vosges, Meurthe-et-Moselle.

21e Corps d’Armée. Épinal.

13ème Division d’Infanterie — Chaumont

25ème Brigade d’Infanterie — Rambervillers.

17e Régiment d’Infanterie — Épinal.

17e Bataillon de Chasseurs — Rambervillers, Brienne

20e Bataillon de Chasseurs — Baccarat, Brienne

21e Bataillon de Chasseurs — Raon-l’Étape, Montbéliard

26ème Brigade d’Infanterie — Chaumont.

21e Régiment d’Infanterie — Langres.

109e Régiment d’Infanterie — Chaumont, Clairvaux

1 escadron du 4e Régiment de Chasseurs à Cheval — Épinal.

Compagnie 21/1 du 11e régiment de Génie

43ème Division d’Infanterie — Saint-Dié

85ème Brigade d’Infanterie — Épinal.

149e Régiment d’Infanterie — Épinal.

158e Régiment d’Infanterie — Bruyères, Corcieux, Fraize

86ème Brigade d’Infanterie — Saint-Dié.

1e Bataillon de Chasseurs — Senones, Troyes

avec un groupe de Chasseurs cyclistes (rattaché à la 10ème Division de cavalerie); Limoges.

3e Bataillon de Chasseurs — Saint-Dié, Besançon.

10e Bataillon de Chasseurs — Saint-Dié, Langres.

31e Bataillon de Chasseurs — Saint-Dié, Langres.

1 escadron du 4e Régiment de Chasseurs à Cheval — Épinal.

Compagnie 21/2 du 11e régiment de Génie

Régiments non endivisionnés

57e Bataillon de Chasseurs — Brienne-le-Château

60e Bataillon de Chasseurs — Brienne-le-Château

61e Bataillon de Chasseurs — Langres

4 escadrons du 4e régiment de Chasseurs à Cheval — Epinal

19ème Brigade d’Artillerie — Chaumont.

59e Régiment d’Artillerie de Campagne ; Artillerie du 21ème Corps d’Armée — 1re-12e batteries, Chaumont

62e Régiment d’Artillerie de Campagne ; Artillerie divisionnaire de la 13ème Division d’Infanterie — 1re-9e batteries, Bruyères, Epinal

12e Régiment d’Artillerie de Campagne ; Artillerie divisionnaire de la 43ème Division d’Infanterie — 1re-9e batteries, Bruyères, Vincennes

Compagnies 21/3, 21/4, 21/16, 21/21 du 11e régiment de Génie

7e Escadron du Train des Equipages Militaires

Un détachement, le reste est au 7ème Corps

7e Section de Secrétaires d’Etat-major et du Recrutement

Un détachement, le reste est au 7ème Corps

7e section de commis et ouvriers Militaires d’administration

Un détachement, le reste est au 7ème Corps

7e Section d’Infirmiers Militaires

Un détachement, le reste est au 7ème Corps

21e Légion de gendarmerie.

Dans la 21e région , mais ne faisant pas partie du 21e Corps

 170e Régiment d’Infanterie

2e Divisions de Cavalerie

8e Divisions de Cavalerie (une partie)

4e Régiment d’Artillerie à pied (une partie)

8e Régiment d’Artillerie à pied

7e Bataillon du génie (une partie)

27e Bataillon du génie

Troupes d’aéronautique a Épinal

Commandements supérieurs de la défense des places forts des groupes de Langres et d’Épinal

Régiments de réserve
  - Pour l'infanterie : numéro du régiment + 200. Ex : le 358è RI est le régiment de réserve du 158è RI.
  - Pour les bataillons de chasseurs : numéro du bataillon + 40. Ex : Le 52è BCA est le bataillon de réserve du 12è BCA