Le 12 décembre 1914, la 128e brigade d'infanterie monte à l'assaut des positions allemandes situées au nord du bois de Remières, secteur de Seicheprey, dans la Woëvre, c'est le 286e RI du Puy en Velay, épaulé par les 5e et 6e bataillons du 252e RI, qui est chargé de mener cette première phase de l'offensive, la seconde visant les positions du bois de la Sonnard, au nord-est du premier. A 14h.15, les troupes s'élancent, les conditions sont épouvantables, les hommes peinent à progresser dans la boue, celle-ci rendant par ailleurs les fusils inutilisables. Les contre-attaques ennemies sont rudes, les positions, de l'aveu même du colonel commandant le 252e RI, intenables. C'est un massacre, la 19e compagnie du 252e RI perd tout ses officiers, dont les sous-lieutenants André et Pierre de Gailhard-Bancel, fils du député de l'Ardèche Hyacinthe de Gailhard-Bancel, portés disparus et selon toute vraisemblance inhumés par les Allemands.

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           Le 1er janvier 1915, le 95e RI lance une offensive dans le secteur de Marbotte, dans la Meuse. Il est appuyé par des éléments tirés au sort de la compagnie 8/3 du 4e génie. Parmi eux, trois ne reviennent pas, dont le pierrelattin Emile Dubout, inhumé aux côtés d'un autre sapeur de sa compagnie, le corrézien Paul Beyne, au cimetière n°2 de Marbotte.

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0FPlan___CopieLes sapeurs Dubout et Beyne reposaient respectivement aux emplacements 137 et 138.

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Le 6 juin 1918, la montagne de Reims est en effervescence, l'artillerie donne à pleins poumons, les canonniers s'affairent à ravitailler leurs batteries. Au 266e RAC, dans l'après-midi, aux environs de Pourcy, les 2è canonniers conducteurs Marcellin Rey, de Sonnay dans l'Isère et Henri Didier, de Pierrelatte dans la Drôme conduisent leur attelage à destination de la 44è batterie de leur régiment, à moins qu'ils ne partent chercher un nouveau chargement d'obus de 75 lorsqu'ils sont victimes, dans des circonstances mal définies, de l'explosion prématurée d'un obus de 155. L'un d'entre eux décède sur le coup, l'autre un peu plus tard. Le canonnier Béjuy est quant à lui blessé, le canonnier Loysel, qui se rendait au même moment au poste d'observation, l'est également. C'est au cimetière de Pourcy que sont très certainement inumés les deux canonniers tués.

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Henri Didier

Le 15 juillet 1918, le général Ludendorff lance entre Château-Thierry et la main de Massiges, sur un front de 85 km, une gigantesque et violente offensive qu'il espère décisive, la Friedensturm ou offensive pour la paix. Dans le secteur de Cuisles, c'est le 251e RI qui tient le front. Le chef d'escadron Louis de Gailhard-Bancel, lui aussi fils du député de l'Ardèche, est blessé. Il décède de ses blessures à l'hôpital n°58 de Sézanne le 2 août.

Le 20 juillet 1921 arrive en gare de Valence un sinistre convoi : c'est un train funéraire en provenance de la gare régulatrice de Brienne le Château ramenant au pays les corps des frères de Gailhard-Bancel, celui du canonnier Didier et du sapeur Dubout.  L’article 106 de la loi de finances du 31 juillet 1920,  mis en application par le décret du 28 septembre 1920 relatif au transfert des corps des militaires morts pour la France et des victimes civiles de la guerre, puis modifié et complété par les décrets des 7 janvier et 6 février 1921 autorise en effet la restitution aux familles et le transfert aux frais de l’État des corps des militaires, marins, victimes civiles de la guerre et réfugiés des régions envahies, décédés au cours des hostilités. Les veuves, ascendants ou descendants peuvent ainsi rapatrier, au terme d'une procédure au demeurant assez complexe, le corps de leur parent mort pour la France. Au lendemain de l'armistice commence une vaste opération d'exhumation des corps dans le but de les regrouper en nécropole. Les familles sont averties de l'exhumation du corps de leur soldat, et peuvent être présentes. C'est le 10 juin 1921 que sont restitués les restes mortels d'Emile Dubout, ceux de ses compagnons très vraisemblablement aux alentours de cette date. Les mairies tenaient à disposition des ayant-droits des formulaires de demande de restitution, où l'on se doit d'indiquer l'état-civil et le grade de la personne concernée, le lieu d'inhumation comportant le numéro de la sépulture, ainsi que la commune destinataire, l'administration se chargeant de vérifier ensuite la possibilité d'inhumer le corps  dans le cimetière désigné par la famille.

Alors commence le long périple : les cercueils munis chacun de son bordereau embarquent à la gare la plus proche du lieu d'exhumation jusqu'à la gare régulatrice. C'est de Sézanne que part Louis de Gailhard-Bancel, de Commercy pour Emile Dubout et peut-être également André et Pierre de Gailhard-Bancel, à moins qu'il ne s'agisse pour eux de Pont-à-Mousson ou Essey, tandis qu'Henri Didier et Marcellin Rey sont conduits à la gare d'Epernay. Les cercueils sont, à leur arrivée à la gare régulatrice de Brienne-le-Château, regroupés dans un wagon à destination de Valence, excepté celui de Marcellin Rey qui est dirigé sur Grenoble lors de l'escale à la gare régionale de Lyon, un bordereau récapitulant les noms des soldats ou officiers transportés, les coordonnées de la personne ayant demandé le transfert ainsi que la gare de destination les accompagne.

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Bulletin accompagnant chaque cercueil

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Carte complète du réseau ferré ici.

Les règles applicables aux honneurs funèbres à rendre aux militaires de l’armée de terre diffèrent selon le grade atteint par le défunt. Elles sont déterminées par les articles 135 à 146 du décret du 7 octobre 1909 portant règlement sur le service de place tel que modifié par le décret du 28 avril 1914. Les dispositions particulières relatives aux honneurs à rendre aux restes des militaires restitués aux familles, en application des dispositions de l’article 106 de la loi de finances du 31 juillet 1920 et du décret modifié du 28 septembre 1920 évoqués plus haut, sont également complétées et précisées par une circulaire ministérielle du 7 février 1921 – non publiée au Journal officiel. Les corps des frères de Gailhard-Bancel sont alors dirigés vers la gare de Livron sur Drôme où leur sont rendus les honneurs qui conviennent à des officiers, fils d'un député de la République, alors que le lendemain, 21 juillet,  Henri Didier et Emile Dubout arrivent en gare de Pierrelatte à 13h46 où les cercueils disparaissant sous les couronnes sont accueillis de façon plus modeste mais avec autant d'émotion par la population, les élus, les enfants des écoles, des anciens combattants dont Dumas et le cousin Rémy Laville, compagnons d'armes de Rémy, le frère aîné, soldat au 252e RI puis 158e RI, tombé en Artois le 18 octobre 1915 ... lors d'une cérémonie ponctuée par un discours d'hommage de Charles Jaume, maire de Pierrelatte. Dans cette foule, se trouve Henriette, la fille de Henri, qui évoquera toute sa vie ce moment solennel, sa veuve, Victoria, ses parents, Rémy et Rosine, sa belle-soeur, Joséphine, son neveu, Amédée. Le cortège s'ébranle ensuite en direction du cimetière du Rocher où ils reposent tous deux désormais.

Sources : Gallica (Cartes et décrets), AD 63 (Documents divers concernant les retours de corps), AD 26 (Liste des corps du convoi), Site "Mémoire des Hommes" (JMO des unités évoquées et fiches MPF)

Merci à tous les intervenants du Forum pages 14-18 qui se sont penchés avec beaucoup de patience sur cet épineux dossier, m'ont fourni des liens vers les textes, des documents d'archives et fait profiter de leur connaissance du terrain : Achache, Eric Mansuy, Rutilius, Jérôme Charraud, Elise49, Mon ar gouen, cecmio, DOUDOU44, Alain Dubois-Choulik, marpie, Demonts. Merci spécial à Frédéric Radet pour les informations concernant Emile Dubout.