Un douloureux pas de côté
Il ne sera pas question aujourd'hui de Pierrelatte, des frères Didier, de leurs compagnons d'armes. Il ne sera pas non plus question de textes touchants ou édifiants sur tel ou tel point du conflit. Il ne sera pas même pas à proprement parler question d'histoire. Il sera question d'un ami très cher. D'un chemin de vie partagé en marge de la recherche, en marge du forum pages 14-18. Bref, très exceptionnellement d'une histoire personnelle.
Allez, si. Il sera un tout petit peu question d'histoire. De l'artillerie spéciale. Des chars lourds. Des Saint Chamond de l'AS39 et d'un chef de char, le Maréchal des Logis Jérémie Tronel-Peyroz.
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En haut à droite, le Maréchal des Logis Tronel-Peyroz
Car en réalité, tout avait commencé ainsi :
"Bonjour à tous,
Et plus particulièrement à Michel "Tanker" dont je viens de lire le post suivant qui m'ouvre des horizons :
pages1418/Pages-d-Histoire-Artillerie/A ... _890_1.htm
Je voulais savoir s'il était possible d'effectuer le cheminement en sens inverse pour l'AS 39 et retrouver, pour la même période par exemple, un Saint Chamond dont on connaît le chef de char, en l'occurrence le Maréchal des logis Jérémie Tronel Peyroz ?
Question d'une ignare totale en matière d'AS
, précisons-le... mais qui ne demande qu'à chercher elle-même si quelqu'un peut lui fournir des clefs.
Cordialement,
Violette"
Je venais de plonger dans les copieuses archives familiales. Munie de ces précieuses informations, je pus consulter aux archives départementales de l'Isère la fiche matricule de mon arrière-grand-oncle et ressemblais alors à s'y méprendre à une poule qui avait trouvé un couteau. Trois petites heures après, tombait la réponse suivante :
"Bonjour Violette,
Dans l'absolu oui . . . le temps de plonger dans les grimoires !
Bonne fin d'après-midi - Michel"
Et c'est ainsi que, de plongeon en plongeon, naquit une relation forte, nourrie de recherches communes via internet, de virées aux archives, de sorties sur le terrain. Michel était même parvenu à métamorphoser en taupe le cabri que je suis habituellement. Pensées émues aux sapes allemandes du bois Saint Mard... Je n'en menais pas large. La confiance fit le reste. Et je plongeai sous terre.
Nous avions aussi travaillé d'arrache-pied, beaucoup d'acharnement et au final un certain succès à réunir les descendants des tankistes de l'AS39.
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Qu'il me soit permis de m'attarder un instant sur notre première rencontre à l'automne 2010, moment pépite, moment lumineux qui portait déjà en germe tout ce que fut notre relation, tout ce que pouvait être Michel dans toute la richesse de son humanité. Il m'avait proposé de m'accueillir pour un week-end à arpenter le terrain de la bataille du Matz où avait été engagée l'AS39 et le Saint-Chamond de Jérémie. De mon côté, j'avais aussi en projet de me rendre à la nécropole de Vignement, sur la sépulture d'un autre arrière-grand-oncle, Emile Jay, 29 RIT, tombé lors de cette même bataille du Matz le 11 juin 1918, à l'âge de 41 ans. A 100m au sud est de la halte d'Antheuil, précise sa fiche matricule.
"Je suis inquiet pour Emile, il est dans un sale secteur." écrivait à sa famille, à ce moment-là, son beau-frère Agricol.
"C'est dans le secteur, je vous y emmènerai."
Michel avait su tout à la fois se tenir en retrait et accueillir mon émotion dans la brume matinale de la nécropole puis sur les lieux-mêmes de la disparition d'Emile.
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La même journée, nous étions repartis en virée dans les pas des tankistes, cette fois. Michel portait comme à son habitude, je le saurais plus tard, une veste kaki et un pantalon de treillis camouflage. J'étais pour ma part emmitouflée dans ma veste courte en daim synthétique bordé de fourrure qui ne l'était pas moins, ma veste en peau d'ours en peluche, comme j'aimais à l'appeler. Nous avions croisé des chasseurs. Très pince sans rire, il m'avait regardée en coin :
"Moi, je ne risque rien. Vous par contre..."
Les années ont passées, nourries de cette complicité, de cet attachement profond, riche, complexe.
Et voilà qu'est tombée la nouvelle tant redoutée : Michel est parti, me laissant seule avec mes tankistes sur les bras. Mais qu'est-ce que je vais en faire, moi, de tout ça ? Tu y as pensé ? Est-ce que tu me pensais les épaules assez solides pour porter à mon tour le flambeau du groupement XII ? J'espère au moins que tu les auras retrouvés, dans un monde un peu en marge de celui-ci peut-être, et que tu auras pu les embrasser de ma part.
Sources : archives personnelles exceptées les photos du fanion qui m'ont été transmises par un autre membre du groupe. S'il se reconnaît, qu'il n'hésite pas à me faire signe afin que je le cite ou le cas échéant, que je retire ces images publiées de ma propre initiative






















