En 1919, Cécile Périn publie "Les Captives", recueil de poèmes sensibles dans lesquels elle évoque souvent la guerre. Pour une fois, ici, une voix de femme, une voix étrangère aussi à la réalité des combats comme peut l'être celle de Francis Carco dans son hommage à Jean Marc Bernard, une voix de l'extérieur. Est-ce cette extériorité qui, déjà, lui fait évoquer et peut-être redouter l'oubli qu'elle pense inéluctable, là où Aragon, au coeur du désastre, criait désespérément "Je me souviens" ?

Beaucoup ne verront plus ...

 

Beaucoup de verront plus palpiter la lumière,              

Ni l'éclat délicat des matins de printemps                     

Un doux soleil entr'ouvre en vain les primevères ;         

Je pense aux jeunes morts qui n'avaient pas vingt ans.

 

Le destin les coucha dans l'ombre, à peine en vie.       

Et les vieillards et les femmes regarderont,                   

La flamme vacillant dans ces mains engourdies,          

S'éteindre les divins flambeaux;-et survivront.             

 

Mais ils ne pourront plus connaître cette ivresse           

Qui les envahissaient, jadis, au temps joyeux.               

Pour un rayon posé sur les pousses qui naissent,        

Pour un jeune arbre en fleur, pour un pan de ciel bleu.

 

Ils n'auront plus jamais l'exaltation douce                      

De ceux que la beauté seule autrefois rythmait.           

Le coeur se souviendra de l'horrible secousse             

Quand l'oubli s'étendra dans les jardins de mai.