Jean Antonin Août naît le 9 janvier 1895 dans les Monts du Cantal, à Saint Cirgues de Jordanne, hameau du Liaumiers, sur la route qui mène vers Mandailles et le Puy Mary, d'où est originaire la famille de sa mère, Agnès Prax. Agnès Prax, pourtant née à Saint-Etienne le 27 février 1861 et qui décèdera à Aurillac à l'automne 1913.

Saint_Cirgues           Guillaume Août, le père de Jean, est quant à lui originaire du village de Houade, commune de Lascelle, à 1 ou 2 km de là. C'est à Lascelle qu'il épouse sa conscrite Agnès Prax, en 1890. Tous deux vivent alors au village de Chaule, un peu à l'écart du bourg. Et c'est à Lascelle, au village de Bouigues, où il vivra jusqu'à son décès en 1936 qu'émigre la famille aux environs de 1906.

Lascelle

           Grand, les cheveux châtains foncés, un front bombé qui surplombe des yeux marrons,  Jean Août pourrait être le jumeau d'Urbain Cressent tant leurs destins s'évoquent l'un l'autre. Blanzac-Lascelle, une centaine de kilomètres à vol d'oiseau, c'est déjà beaucoup au début du siècle dernier, mais si peu vu du plateau de Lorette. Jean et Urbain, Urbain et Jean, deux jeunes paysans auvergnats, tous deux orphelins, l'un de père et l'autre de mère, lorsque vient le temps de servir sous les drapeaux, deux soldats au 158 RI. Jean est le second fils de la famille. Après lui, vient une fille, Marguerite Marie, né en 1897, qui, après guerre épousera à Lascelle Pierre Gilbert. Ses deux soeurs aînées, Anna et Marie filles illégitimes que Guillaume Août reconnut en 1890, après son mariage, l'une née à Aurillac, l'autre au Liaumiers, décèderont toutes deux dans la maison paternelle, Marie en 1941, Anna en 1954. Des trois frères Août recensés sur le registre des naissances de la mairie de Saint Cirgues de Jordanne, Jacques, Jean-Marie et Jean, l'un, Jean-Marie, mourra à l'âge de sept mois, les deux autres ne reviendront pas de la grande boucherie. Jean Antonin bien sûr. Jacques non plus. Jacques, soldat au 139 RI, disparu dans la tourmente de la bataille de Lorraine, le 25 août 1914. Un jugement du tribunal d'Aurillac établit définitivement son décès le 8 novembre 1917. Jacques ne figure pas sur la liste des prisonniers en Allemagne, le service des successions a renvoyé à la famille des effets lui appartenant, les preuves sont bien là. Le

  

MDHJacques_Aout

         Jean Août est cultivateur. Il ne sait pas écrire, ne compte guère mieux, tout au plus sait-il lire. Peut-être, comme beaucoup de petits montagnards d'Auvergne et d'ailleurs, ne fréquenta-t-il qu'épisodiquement l'école. Les enfants pauvres, bien souvent travaillaient dans des familles plus fortunées afin de ramener à la maison un peu de cet argent qui faisait cruellement défaut.  Sans doute ne parlait-il non plus guère le français, mais plutôt une forme d'occitan, celle de cette partie de l'Auvergne, mêlée d'un peu de languedocien, bref, sa langue. 

   Soldat de la classe 1915, il est appelé sous les drapeaux le 16 décembre 1914. Le lendemain il est au dépôt du 158 RI, où il commence sa période d'instruction. .Au dépôt, d'abord, puis au front où il parfait son instruction militaire et s'acclimate au feu avant de rejoindre la première ligne. L'instruction, ce sont les cours théoriques, les marches de jour, de nuit, avec ou sans équipement, le tir et des manoeuvres. Les nombreuses épidémies qui sévissent ici ou là : rougeole, etc... obligent parfois à ralentir la cadence afin de ne pas épuiser les hommes. Si tous les soldats de la classe 1915 ne rejoignent pas leur unité en même temps, les premiers appelés sont toutefois employés au front  dès le mois de juin, les derniers en décembre.  A dépôt du 50 RI de Périgueux, les départs massifs de soldats et sous-officiers vers le front, dans diverses unités ( 73 RI, 11 BCP, ...), se font essentiellement entre le 24 et le 30 mai.

  On peut penser ,sans certitude, que Jean Aout fait partie de ces soldats de mai-juin. Le 158 RI, décimé par les combats d'Artois,   a un  urgent besoin de troupes fraîches. Il faut combler les vides en vue des attaques à venir. Jean Août échappe probablement aux batailles du début d'été, tout au moins en première ligne.  La référence aux parcours de ses compagnons d'infortune laisse pense qu'il prend, en revanche,  bien sa place dans l'offensive du 25 septembre. Et le 18 octobre, alors que l'artillerie allemande pilonne les tranchées, que les baïonnettes luisent dans le bois en Hache, il est bien là.

MDHJean_Aout

Le 24 janvier 1922, 6 ans plus tard, on exhume le corps de Jean Antonin au bois en Hache. Initialement inhumée à la NN de Lorette, tombe n°11018, sa dépouille est rendue à sa famille après quelques mois, durant cette même année 1922 et c'est vraisemblablement à Lascelle ou Saint Cirgues qu'il repose désormais, dans la terre qui l'a vu naître.

 

Sources : JMO du 158 RI, PV d'exhumation-AD62 (cotes données précédemment), fiche matricule AD 15, service des Sépultures de la Somme, registres d'état-civil des communes de Lascelle et saint-Cirgues de Jordanne, R Roger Gau : Jean, classe 1915 ou lettres volées à l'oubli, Claude Duneton : Le Monument, Ed Balland

Merci à Patrick Corbon, qui m'a déniché l'introuvable témoignage concernant l'incorporation de la classe 1915 et son arrivée en Artois, Valérie Q pour sa première réponse sur le sujet, et Alain Chaupin, qui a su obtenir une réponse des servivces compétents concernant la restitution du corps de Jean Août.

Message édité le 24 jullet 2016 après consultation des registres du recensement mis en ligne par les AD15.