Parfois, nous croisions sur les routes une démente procession de camions, pleins de fantassins hagards, les uns frénétiques, hurlant comme des injures leur joie de survivants, les autres étendus, jambes pendantes, immobiles comme des morts. C'étaient les troupes qui venaient de s'illustrer à Notre-Dame-de-Lorette, au Labyrinthe, à Souchez, à la Targette, et nous savions, au nombre de camions vides, ce qu'il en avait coûté à ces régiments pour arracher à l'ennemi quelques maisons en ruine ou quelques morceaux de tranchées.


Gabriel Chevallier - La Peur - Ed Le Dilettante


Un infini merci à Bernard plumier ("On s'amuse bien : tous les soirs on enterre les copains.") pour m'avoir fait découvrir ces pages, à ce jour ce que j'ai pu lire de plus cru mais aussi de plus profondément humain sur le sujet.