A 20 ans, Rémy est cultivateur à Pierrelatte, quartier des Blaches. De novembre 1904 à juillet 1907, c'est au 3ème Régiment de zouaves qu'il accomplit son service militaire, non en Algérie, province de Constantine à laquelle est affecté le 3ème zouave, mais plus probablement au camp de Sathonnay, près de Lyon où il a de la famille.  Chaque régiment de zouaves possède en effet un 5ème bataillon stationné en métropole. On imagine la fierté de ses proches : Rémy, le fils aîné, versé dans cette unité d'élite et portant son bel uniforme.

Il effectue ensuite en  1910 et 1913 ses périodes d'exercice au 52ème RI, ce qui lui vaut d'être mobilisé à la 21ème compagnie  du 252ème RI, régiment de réserve du premier, lorsqu'éclate la Grande Guerre. Alors cantonnier, ainsi que l'atteste son livret de famille, père d'un petit garçon de 18 mois, c'est un homme déjà mûr qui rejoint son affectation. Les 7 et 8 août 1914, le régiment  quitte Montélimar pour Gap ; la 64 DI de réserve a pour mission la défense des Alpes. Le journal de marche du 252ème RI égrène, monotone, les activités du régiment, la principale consistant  pour les deux bataillons à échanger de cantonnement.

La période de calme est de courte durée, le 20 août, le 252 RI part pour la Lorraine.  Les hommes marchent énormément, creusent tranchée sur tranchée, ... Ils prennent part à la défense de Nancy : batailles du Grand Couronné, et des Hauts de Woëvre. Rémy écrit le 9 septembre :

J'ai vu tous les camarades ce matin (...) que nous sommes d'ailleurs toujours ensemble, tous bien portants.

Un mois plus tard, le 4 octobre, Léon Allier, des Blaches, tombait à Seicheprey.

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Le 7 octobre, à Rosière en Santerre, c'est au tour d'André Daudel,  beau-frère de Henri.

L'hiver s'écoule, monotone, dans des conditions sanitaires déplorables, comme en témoignent ces quelques mots datés du 17 décembre :

... toujours à se rouler dans la boue et le fumier quand on couche quelquefois dedans ...

conditions déplorables confirmées par le JMO du service de santé. Le résultat ne se fait pas attendre, la fièvre typhoïde frappe à tour de bras. A l'hôpital de Charmes, la majorité des soldats ne décède pas de blessure,  mais de cette maladie. Le 5 janvier, Rémy est évacué à son tour pour "courbatures fébriles, embarras gastrique,  bronchite", mais le contexte décrit ci-dessus ne laisse guère de doute : c'est bien là un cas de typhoïde.  3 semaines à l'hôpital complémentaire de Charmes, puis commence une longue convalescence en zone de l'intérieur, à l'hôpital bénévole de  la Teppe, à Tain dans la Drôme, structure tenue par des Ursulines. Rémy s'ennuie, l'hiver est maussade

"tu me dis qu'il  fait que  pleuvoir là-bas, ici c'est pareil, pluie ou neige, écrit-il à son épouse Joséphine,  toute la semaine ne fait que ça. Je ne vois guère autrechose à te dire pour le moment

mais ne perd pas le Nord :

Ecris l'adresse comme je te la donne, on m'a taxé ma dernière (0,20) [...] et je ne veux pas donner 4 sous à chaque lettre

ajoute-t-il en homme qu'une existence modeste a habitué à l'économie.

Mars 1915  Paul, blessé à la cuisse devant Sulzern est évacué.

Rémy est ensuite dirigé le 12 avril, pour 3 jours, sur l'hôpital de Valence, puis après une semaine de permission parmi les siens, rentre au dépôt. Parti le 30 mai en renfort au 158 RI,  le régiment de Lorette, durement éprouvé par les combats d'Artois, il est immédiatement mis en subsistance au 149 RI. Le JMO manque, les témoignages aussi et il est bien difficile de savoir  ce qu'il fait exactement pendant ce temps-là. Le  20  août, il est versé à la 5ème compagnie du 158 RI qu'il ne quittera plus. Il réchappe à la sanglante offensive du  25 septembre, mais le 18 octobre au matin, sa tranchée est bombardée, vraisemblable préparation d'un assaut allemand qui n'aura au final pas lieu. Rémy est tué, comme 6 de ses compagnons, 2ème classe à la 5ème compagnie : Léon Morel et Paul Guéry étaient originaires des Vosges, Etienne Charvoz, savoyard de Modane, Urbain Cressent était natif de la Haute-Loire, François Béroud du Rhône et Jean Août de la vallée de la Jordanne, dans le Cantal. Trois autres suivront : le caporal François (dit Paul) Pasteur de Cessey, village du Doubs, décédé le  9 novembre à Barlin,  à l'ambulance 5 du 21 CA,  les soldats de 2ème classe Jean Besson du Crozet, dans la Loire, décédé le 24 octobre à l'hôpital de Saint Valéry sur Somme et Ahmed Ben Ali Rmadi, né à Cheikrat, en Tunisie et décédé à Bruay en Artois le 26 octobre 1915, ambulance 3 du 21 CA.

Rémy est cité à l'ordre du régiment : "Très brave soldat. Tué glorieusement à l'ennemi le 18 octobre 1915 en Artois", il obtiendra ainsi la croix de guerre, puis la médaille militaire à titre posthume.

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L'avis de décès parviendra en mairie de Pierrelatte à la mi-novembre, mais l'absence de courrier, la lettre d'un camarade peut-être, avait déjà plongé la famille dans l'angoisse. Pour la fragile Joséphine, la vie s'arrête ce 18 octobre 1915. Orpheline de mère à 2 ans et demi, de père deux ans plus tard, veuve de guerre à 29 ans, elle ne se remettra jamais de la disparition brutale de son époux.

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Amédée, quant à lui conservera pieusement toute sa vie les quelques souvenirs de son père : courriers, photo, diplôme légués par sa mère.

Merci à MP92 pour avoir commencé à débrouiller avec moi les fils inextricables du Service de Santé , à Jean-Luc Dron pour l'historique du 252 RI, et à tous ceux, déjà cités ou non qui m'ont à un moment ou un autre aiguillée dans cette recherche : explications, pistes de travail... Merci spécial à Alain Chaupin à qui rien de ce qui concerne les sépultures des soldats tombés en Artois n'échappe.