Lorsque la guerre éclate, Paul n'a pas vingt ans. Il réside à Lyon où il est maréchal-ferrand.
Mobilisé au 12ème BCA, 7ème compagnie, le 7 septembre 1914, il rejoint le front le 10 novembre 1914. Le bataillon est alors dans les hautes Vosges, il tient le front au niveau du Barrenkopf.

 

14 décembre 1914, Rémy écrit à son épouse Joséphine : "Bien reçu le colis [...]. tu me dis que tu vas m'en supprimer un peu pour en envoyer à Paul. Tu as bien raison. C'est une bonne action que tu feras. Le pauvre est comme nous tous, il n'a pas un sort bien brillant..."

 

L'hiver se passe presque sans incident, mais fin février, l'ennemi lance une attaque avec pour but de s'emparer de Sulzern. Le 7 mars, Paul est blessé à son poste de combat, ce qui lui vaudra citation à l'ordre du bataillon et croix de guerre.

citation_Paul

Blessure par balle, plaie en seton à la cuisse gauche. Evacué sur l'hôpital auxiliaire n°103 à Chambéry, il y séjourne du 13 mars au 28 avril avant une très, très courte convalescence à l'Hopital de Dépôt des Convalescents* d'Aix les Bains. Une semaine de permission, puis, le 8 mai, Paul rejoint le dépôt. Le 8 août 1915, le voilà de nouveau au front, affecté à la 10ème compagnie du 52ème BCA, bataillon de réserve du 12ème BCA. Cet été-là, il se fait photographier avec Rémy Cartier Millon, qui trouvera la mort au sinistre Hartmannwillerkopf, le 10 janvier 1916. Les Vosges, toujours : le Linge, l'enlèvement des sommets d'Alsace.   

1915, année terrible : le 5 janvier, Rémy, malade, est évacué. Il rejoint le front début mai et est tué le 18 octobre en Artois lors du bombardement de sa tranchée, à la lisière du bois en Hache.

  Ete et automne 1916, c'est la Somme, dévastée par la boue et les obus. Le 15 juin, il passe à la 8ème compagnie.

    Le 8 novembre 1917, le bataillon part pour l'Italie, le plateau d'Asiago cher à l'immense écrivain italien Mario Rigoni Stern, dont plusieurs oeuvres dont "Requiem pour un alpiniste" évoquent avec pudeur et intensité ses montagnes ravagées par la guerre et son propre cheminement, des années plus tard sur les lieux de combats. Le 4 avril, Paul, malade est dirigé  sur l'ambulance 13/2 à Vicenze pour une "parotidite suspecte", probables oreillons. Il y reste jusqu'au 17 avril, date à laquelle il est rapatrié sur l'intérieur. Après une permission de 20 jours, le voilà de retour au front le 17 mai. 23 juin, nouvelle évacuation sur l'ambulance 9/1, hernie inguinale droite. Le 24, il est évacué sur l'hôpital temporaire 7/8 de Clermont-Ferrand. Hospitalisé jusqu'au 18 août, il bénéficie alors d'une convalescence de 30 jours.

 

6 juin 1918, nouveau drame : sur la montagne de Reims, Henri , 2ème canonnier conducteur au 266ème RAC, est victime de l'explosion prématurée d'un obus de 155.

 

Rentré au dépôt le 16 septembre 1918, une semaine plus tard, le voici pour une nouvelle semaine à l'infirmerie du dépôt. Lorsqu'enfin le clairon de l'armistice sonne, le 11 novembre 1918, Paul n'a pas regagné le front. Il fait son retour aux armées le 4 avril 1919, au 12ème BCA avant d'être démobilisé le 24 aout 1919.

 

Paul rentre alors à Pierrelatte où il reprend la ferme familiale. Des 3 fils de Rose et Rémy, le petit dernier est le seul à rentrer vivant. A l'automne 1921, il épouse Victoria, la veuve de son frère Henri. Ils n'auront pas d'enfants mais Paul, homme doux et bon, élevera sa nièce  Henriette et prendra soin de son neveu Amédée, Amédée laissé en friche par une maman brisée par la disparition brutale d'un époux qu'elle aimait profondément. Victoria mourra en 1958, à peine âgée de 68 ans, usée par une vie rude, des hivers à casser la glace au lavoir pour faire la lessive des dames aisées, ... Paul la suivra 15 ans plus tard, à l'âge de 79 ans.

 

 

Merci au chtimiste dont les historiques succincts m'ont permis de retracer les grandes lignes de ce parcours, ainsi qu'à Gilles Roland qui a numérisé l'historique du 12ème BCA.

 

*Les HDC (Hopital de dépôt de convalescents) furent créés par la circulaire du 15/10/14 afin de stopper les abus dans les congés de convalescence et libérer les hôpitaux surchargés des blessés qui sont à peu près rétablis. Après un court séjour (15 jours environ), les militaires guéris seront renvoyés au front. Ces formations sont dirigées par un commandant militaire et sous le contrôle direct du Service de Santé militaire. Par la circulaire N°199 C.I./7. en date du 20/8/16, les hôpitaux-dépôts de convalescents sont supprimés, les locaux où ils étaient installés recevront une destination hospitalière (transformation en Hopitaux Complementaires).

 

Source : Guy "gg101hop", Forum Pages 14-18. Merci également à Jean Riotte pour le décryptage de sigle et à Michel Pinault pour l'identification de l'ambulance..